Toile bleue étoiléeJoël Hascoët, doctorant anthropologue
Spécialités : rites religieux, traditions populaires, spiritualités occidentales, hagiographie


"Saint Ronan, Keben et la Troménie"

Conférence le 20 juillet 2007 à 14h30

à l'église paroissiale de Locronan



14h30 Mot d’ouverture par Monsieur le Vicaire général du diocèse de Quimper et de Léon, Pierre Breton.

14h35 Introduction de la journée par Donatien Laurent (Directeur de recherches au CNRS, CRBC)

15h00 Bernard Merdrignac (Professeur à Rennes II)
                                            «La Vita Ronani : la Vie latine de saint Ronan»

15h30 Pierre-Yves Lambert (Directeur de recherches au CNRS, CRBC, EPHE)
                                             «Le couple Ronan/Keben dans la littérature»

16h00 Claude Sterckx (Professeur à l’ULB, FORel)
                                    «Traces de mythes préchrétiens dans la légende de Locronan»

16h30-16h45 Pause

16h45-17h30 Projections d’archives filmiques sur les troménies commentées par Donatien Laurent et Ronan Hénaff.

17h30-18h00... Conclusion de la journée par Donatien Laurent


Renseignements : Joël Hascoët - 06 69 57 16 92

Affiche de la conférence à télécharger ici


Voici les résumés des interventions :

Pierre-Yves Lambert : "Le couple Ronan - Kében"
"L'hagiographie monastique oppose souvent une figure de saint, moine ou ermite, et une figure de mauvaise femme. Ronan et Keben offrent un exemple caractéristique de cette opposition. Plusieurs saints irlandais ou gallois (comme Moling, ou David) sont de la même façon confrontés à des femmes à la fois proches et désobéissantes. Avant tout essai d'interprétation, il convient de reconnaître ici un lieu commun des vies de saints: le personnage du saint se construit dans le renoncement et la solitude, une situation où il n'y a pas de place pour les femmes; à l'inverse, les femmes qui affrontent le saint moine sont faciles à caricaturer. La gwerz, et la vie abrégée de s. Ronan se complètent pour dénoncer la calomnie comme la principale arme de la Keben: elle accuse Ronan de sorcellerie et de lycanthropie. "

Claude Sterckx :
“Si la 'Vie de saint Ronan' paraît être une biographie hagiographique selon les régles et les pratiques du genre à la charnière du haut et du bas Moyen Age, le rituel même de la troménie semble bien être, au moins partiellement, une christianisation de pratiques ou de concepts antérieurs assurant une sorte de re-création d'un microcosme spatio-temporel. Par ailleurs, certains détails de la légende populaire attachée à la troménie pourraient bien être issus de très vieux mythes associés aux pratiques indigènes préchrétiennes : la restauration miraculeuse du bras du comte de Cornouaille, la corne brisée du bovin tirant le char funèbre et quelques autres ...“

Bernard Merdrignac :
"Historiquement, saint Ronan doit-il être assimilé à un ecclésiastique irlandais qui intervint, au VIIe siècle, dans la controverse entre les églises continentales et insulaires à propos du calcul de la date de Pâques ? S'agit-il d'un obscur évêque itinérant homonyme qui aurait émigré en Bretagne continentale à la fin du IXe siècle ?
Sa Vie légendaire, rédigée au XIIe siècle, le fait émigrer d'Irlande en Léon (Finistère Nord). La popularité qu'il acquit bientôt le contraignit à rechercher la solitude à l'orée de la forêt de Nevet en Cornouaille (Finistère Sud). Il y fit montre de pouvoirs miraculeux sur les loups des alentours. Ses miracles attirèrent les visiteurs dont moindre ne fut pas le roi Grallon. Mais, lassé des persécutions calomnieuses d'une méchante femme, la Keben, le saint finit par se retirer à Hillion (Côtes-d'armor) où il décéda. Trois comtes se disputèrent l'honneur d'accueillir sa dépouille. Le corps fut placé sur un chariot tiré par des bœufs indomptés qui se dirigèrent miraculeusement jusqu'à Locronan."
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